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L’école dans le quotidien de mères de familles populaires ethnicisées : interdépendance des sphères d’expérience et enjeux de subjectivation


Auteur(s) :  RIBAN Chloé

Date de soutenance :  2020

Thèse délivrée par :  Université Rennes 2

Section(s) CNU :  section 70 : Sciences de l'éducation

Sous la direction de :  Pierre PERIER

Jury de thèse :  Sandrine Garcia ; Françoise Lorcerie ; Agnès Van Zanten ; Daniel Frandji ; Geneviève Zoïa ; Pierre Périer

 

"Dans le cadre d'une enquête ethnographique de deux ans dans un quartier prioritaire, nous avons rencontré des mères de familles populaires ethnicisées ainsi que des équipes éducatives d'écoles et établissement en réseau d'éducation prioritaire, afin de mieux comprendre les objectifs des projets visant à faire venir les parents à l'école (prévus dans le référentiel de l'éducation prioritaire), ainsi que le quotidien des familles visées par ces dispositifs. Les mères, principales pourvoyeuses de care au sein des familles, sont particulièrement visées par les injonctions relatives au rôle de parent d'élève, dont relève notamment la participation aux « cafés des parents ». Ceux-ci doivent permettre une acculturation de familles dont l'origine ethnique se tisse, dans les discours enseignants, avec l'appartenance de classe, pour caractériser des formes de « décalage » ou justifier un prisme déficitaire. Le travail maternel, structurant le quotidien des femmes enquêtées, les amène à prendre en charge les liens avec l'institution scolaire et fait émerger l'idée d'une interdépendance de leurs sphères d'expérience, leur vie familiale, professionnelle, intime pouvant affecter leur disponibilité et leurs aspirations s'agissant de la scolarité de leurs enfants. Elles oscillent ainsi entre espoirs scolaires et retraits silencieux, cherchant à préserver une image de « bonne mère » en faisant la démonstration de leur implication, en dépit des nombreuses difficultés quotidiennes et des trajectoires biographiques chaotiques qui façonnent leur rapport au monde et aux institutions. Dans les lieux même de l'école, où des formes d'assignation de rôle peuvent les mettre en cause, certaines se réapproprient les dispositifs qui leur sont destinés, à travers une convivialité féminine permettant de rompre avec un travail éducatif solitaire et d'amorcer un processus d'émancipation. La reconnaissance de leur participation par les équipes éducatives les valorise également. Elle souligne cependant en creux l'absence de celles qui, tenues éloignées de l'institution par des difficultés multiples, ne parviennent pas à entrer dans l'école par les interstices légitimes des projets qui leur sont destinés, jusqu'à devenir des parents « invisibles »."

School in daily life for mothers' of working-class and ethnicized families : interdependence of spheres of experience and issues of subjectivation 

"This ethographic study, conducted over two years in a neighborhood deemed underprivileged by the state through meeting working-class and ethnicized mothers as well as administrators, educators, and staff from neighborhood schools, endeavored to understand the purpose of various initiatives proposed by the state, inviting parents into the school setting as well as the everyday life of these families. The mothers, principal caregivers of their families, are targeted by school-sponsored initiatives that are intended to acculturate families that are characterized as deficient in educators' discourse, drawing on bath ethnicity and social class. Maternai work, which structures the life of the women in our study, leads them to take principal responsibility for relationships with educational institutions and reveals the interdependence of their spheres of experience - professional, persona!, and family life -which can affect bath their availability and academic aspirations for their children. Thus, they oscillate between scholarly hopes and withdrawals in order to preserve an image of being a "good mother" through a display of involvement in their child's schooling, despite many daily struggles and often chaotic persona! trajectories, which shape their relationship to the world and its institutions. Despite the negative raie they may be cast in by the school, some women take back the ownership of the very initiatives designed to target them through a feminine conviviality that helps to interrupt the solitude of raising a student and can lead to a process of emancipation and rewarding recognition by school teams. This recognition, however, underlines implicitly the absence of those mothers who are kept away from the school by diverse difficulties and cannot benefit from these initiatives to the point of becoming "invisible" parents, thus revealing legitimate shortcomings of the school's undertakings."



URL :  https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-03181518/document


mot(s) clé(s) :  sociologie de l'éducation, éducation prioritaire, parents, genre