Veille et analyses de l'ifé

Entre recherches et pratiques

   Vous êtes ici : Accueil » Actualités des thèses » Détails de la thèse

Efficacité de l’enseignement socioconstructiviste et de l’enseignement explicite en éducation prioritaire : Quelle alternative pour apprendre les mathématiques ?


Auteur(s) :  GUILMOIS Céline

Date de soutenance :  2019

Thèse délivrée par :  Université des Antilles

Section(s) CNU :  section 70 : Sciences de l'éducation

Sous la direction de :  Bertrand TROADEC & Steve BISSONNETTE

Jury de thèse :  Maryse BIANCO ; Steve BISSONNETTE ; Antoine DELCROIX ; Elisabeth ISSAIEVA MOUBARAK NAHRA ; Maria POPA-ROCH ; André TRICOT ; Bertrand TROADEC

 

"Les enquêtes internationales, et plus particulièrement celles de PISA 2012 et 2015, montrent qu’en France, les élèves issus de milieux défavorisés ont beaucoup moins de chances de réussir à l’école que les autres (Dubet, 2014 ; Duru-Bellat, 2009 ; Toulemonde, 2004). Ce constat remet au centre des préoccupations de l’éducation nationale, la pédagogie et les méthodes qui lui sont liées. L’éducation nationale s’est fixé comme objectif de réduire à moins de dix pour cent les écarts de résultats entre les élèves des réseaux de l’éducation prioritaire et ceux des autres élèves, dans les disciplines dites fondamentales, et ceci grâce à une refondation de l’école dont la politique générale place la pédagogie au centre de la réforme.

Les données probantes d’études concernant l’efficacité des méthodes d’enseignement (Bissonnette, Richard, Gauthier, & Bouchard, 2010) montrent que les pédagogies de facture « socioconstructiviste » utilisées majoritairement dans les classes françaises ne semblent pas être celles qui donnent les meilleurs résultats. A contrario, l’enseignement « explicite » utilisé par les enseignants et les écoles efficaces pour aborder des notions nouvelles, complexes et structurées, est particulièrement porteur auprès des élèves en difficulté scolaire (Bissonnette, Richard, & Gauthier, 2006 ; Gauthier, Bissonnette, & Richard, 2013).

Le travail réalisé dans la thèse a pour objectif de comparer l’efficacité de l’enseignement explicite et de l’enseignement socioconstructiviste auprès d’élèves scolarisés en réseau d’éducation prioritaire en général, et en mathématiques plus particulièrement. La présente recherche s’inscrit dans la tradition des recherches dédiées à l’enseignement efficace et vise à montrer qu’un changement de pratiques pédagogiques des enseignants face aux élèves issus des milieux défavorisés a un effet positif sur les performances scolaires de ces derniers. L’enseignement explicite comporte trois étapes principales : le modelage, la pratique guidée, la pratique autonome ; il augmente les possibilités de compréhension des concepts mathématiques.

Cette recherche est réalisée en France, dans l’académie de Martinique, dans des classes de CE1, CM1, CM2, issues des réseaux de l’éducation prioritaire (REP/REP+). Dans cette académie, comme au plan national, les performances des élèves sont faibles dans les domaines scientifiques et en mathématiques. À ce propos, un « plan mathématique » est mis en oeuvre pour concourir à la progression réelle des élèves.

L’hypothèse testée est la suivante : lorsqu’un professeur enseigne une notion mathématique visée, les résultats des élèves sont meilleurs s’il utilise un enseignement explicite plutôt que s’il utilise un enseignement socioconstructiviste ou usuel.

Cette prédiction est testée dans trois études. La première étude cible l’apprentissage de la technique opératoire de la soustraction en CE1 (26 classes) ; la deuxième s’intéresse à l’apprentissage de la technique opératoire de la division en CM1 (21 classes) et la troisième vise l’apprentissage de la notion d’aire en CM2 (25 classes). Les trois études sont conduites selon un même plan quasi expérimental. Les classes sont réparties au hasard en trois groupes : un groupe enseignement explicite, un groupe enseignement socioconstructiviste, un groupe enseignement usuel. Les études se déroulent en plusieurs phases sur une durée de trois à cinq semaines selon la notion étudiée. Pour chacun des groupes, après une phase d’instruction des enseignants à la méthode d’enseignement, s’ensuivent une phase diagnostique (prétest), une phase d’apprentissage de la notion mathématique (test), une phase d’évaluation des acquis (post-test). Premièrement, les résultats mettent en évidence que, quelles que soient les classes et les tâches réalisées, les élèves progressent entre les deux temps d’évaluation. Deuxièmement, et d’importance majeure, les données montrent que les élèves des classes ayant reçu un enseignement explicite obtiennent des performances supérieures aux élèves des classes ayant reçu un enseignement socioconstructiviste ou usuel. Enfin, les résultats indiquent que l’enseignement explicite est globalement plus efficace pour les élèves moyens à risque ou en difficulté.

L’ensemble des résultats de ces études apporte des éléments empiriques supplémentaires au courant de recherche soutenant l’efficacité de l’enseignement explicite, ce qui renforce les prédictions qui en découlent, donc sa validité. D’un point de vue pratique, elle alimente l’idée que le changement de pratiques des enseignants a des effets bénéfiques pour les élèves des réseaux renforcés de l’éducation prioritaire. La méthode quasi expérimentale utilisée permet de préconiser la généralisabilité des résultats à des publics similaires à celui de l’étude. L’enseignement explicite est une méthode efficace pour enseigner la technique opératoire de la soustraction et de la division ainsi que la notion d’aire auprès d’un public issu de l’éducation prioritaire. Elle présente donc un intérêt pour la communauté professionnelle des professeurs des écoles travaillant dans les REP+."

Effectiveness of socioconstructivist teaching and explicit teaching in mathematical instruction in priority education networks

International surveys, and more particularly PISA 2012 and 2015, show that in France, students from disadvantaged social backgrounds are much less likely to succeed at school than other students (Dubet, 2014 ; Duru-Bellat, 2009 ; Toulemonde, 2004). These recurrent results put into question the pedagogy and related methods and is at the heart of the national education system's concerns. The French national education system has set the objective of reducing to less than ten per cent the performance gaps between students in priority education networks and other students in the so-called fundamental domains, through a reform of the school whose general policy places pedagogy at the center of it.
Evidence from studies on the effectiveness of teaching methods (Bissonnette, Richard, Gauthier, & Bouchard, 2010) shows that the « socioconstructivist » pedagogies mainly used in the French classrooms do not give the best results. On the contrary, « explicit » teaching, used by effective teachers and schools for new, complex and structured knowledge, is particularly effective for students with learning difficulties (Bissonnette, Richard, & Gauthier, 2006; Gauthier, Bissonnette, & Richard, 2013).
The work carried out in the present thesis aims to compare the effectiveness of explicit teaching and socioconstructivist teaching with students enrolled in priority education networks in general, and in mathematics in particular. This research follows the tradition of research dedicated to effective teaching and aims to show that a change in teachers' pedagogical practices towards students from disadvantaged backgrounds has a positive effect on their academic performance. Explicit instruction includes three main stages, i.e., modeling, guided practice, independent practice and increases the possibilities for understanding mathematical concepts.
This research is carried out in France, in the Martinique Academy, in elementary school classes of schools from the priority education networks (REP/REP+). In this academy, as at the national level, overall students’ performance is low in science and mathematics. In this respect, a « mathematical plan » is implemented to contribute to the real progress of the pupils in this domain.
The hypothesis tested is the following: when a teacher teaches a specific mathematical notion, students' results are better if he or she uses explicit instruction rather than socioconstructivist or usual instruction.
This prediction is being tested in three studies. The first study focuses on learning the partitioning technique of subtraction in second grade class (26 classes); the second study focuses on learning the technique of the division in fourth grade class (21 classes) and the third study focuses on learning the concept of area in fifth grade class (25 classes). The three studies that are conducted according to the same quasi- experimental design. The classes are randomly assigned to one of the three following experimental conditions: an explicit teaching group, a socioconstructivist teaching group, an usual teaching group. Studies comprise several phases over a period of three to five weeks, depending on the concept studied. For each group, after a phase of teacher instruction about the teaching method, there follows a diagnostic phase (pre-test), a phase of learning the mathematical concept (test), a phase of assessment of the learning (post-test). First, the results show that, regardless of the class level and tasks performed, students do progress between the two assessment times. Second, and of major importance, the data show that students in classes that have received explicit instruction outperform students in classes that have received socioconstructivist or usual instruction. Finally, the results indicate that explicit instruction is generally more effective for underachieving students or in difficulty.
Taken together the results of these studies provide additional empirical evidence to the body of research supporting the effectiveness of explicit teaching, which reinforces the predictions that result from it, and therefore its validity. From a practical point of view, it comforts the idea that changing teachers' practices has beneficial effects for students in the priority education networks. The quasi- experimental method enables the generalizability of the results to learners similar to the population of this study. Therefore it can be argued that explicit instruction is an effective method for teaching the subtraction and the division as well as the notion of the area to students from priority education. It is therefore of interest to the professional community of school teachers working in priority education."



URL :  http://theses.fr/2019ANTI0398/document


mot(s) clé(s) :  éducation prioritaire, mathématiques