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Entre recherches et pratiques

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Pays : France  Langue(s) : français 

Terrains proches, familiers et ordinaires : les voies de la « facilité » ?


Date :  du 18-03-2021 au 19-03-2021

Lieu :  Institut d'Études Politiques d'Aix-en-Provence 25, rue Gaston de Saporta 13625 Aix-en-Provence cedex 1

Organisation :  Institut d'études politiques de Paris (IEP) - Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence

Les considérations relatives aux méthodologies d’enquête, aux enjeux éthiques du-de la chercheur-e face à son terrain et aux enquêté-e-s sont désormais bien fournies dans le champ de la sociologie française. Difficultés et distanciation constituent en effet des épreuves incontournables du rite d’entrée dans la profession sociologique. Le corpus réflexif des méthodologies d’enquête donne couramment à voir des descriptions de rites d’institution où le-la chercheur-e insiste sur les conditions éprouvantes, itératives et tortueuses de son insertion sur le terrain. Les réflexions méthodologiques exposent également la distance épistémologique entre l’enquêteur-trice et les acteurs-trices du terrain. Pour autant, cette seconde dimension réflexive semble moins travaillée lorsque la population étudiée est non pas distante, mais au contraire, proche, du-de la chercheur-e.



Programme : 

Argumentaire
Ce colloque prend délibérément le parti de ne pas tant s’intéresser aux terrains considérés traditionnellement comme « difficiles » et/ou « lointains » (Massicard, 2002 ; Boumaza et Campana, 2007 ; Ayimpam, Chelpi-den Hamer et Bouju, 2014 ; Hadj-Moussa, 2019 ; Aldrin, Fournier, Geisser et Mirman, 2020). Les organisateurs-trices ont volontairement adopté une entrée réflexive à partir des terrains « proches », qui semblent sous différents aspects « faciles ». Il ne s’agit pas d’opérer un glissement sémantique entre les deux termes, mais de questionner les faux aspects de « facilité » des terrains « proches ». Il convient de revenir et de considérer ces situations du proche et ce qu’elles nous disent de nos propres pratiques empiriques et théoriques et des rapports multiples, parfois contradictoires, que l’on entretient avec celles et ceux qui font la matière des productions scientifiques.

Les rapports de proximité entre les chercheur-e-s et leur environnement d’enquête se déclinent de plusieurs manières. Dans un sens familier, tout d’abord : l’enquête porte parfois sur des phénomènes qui semblent routiniers ou ordinaires, c’est-à-dire qui se déroulent sous les yeux des enquêteurs-trices dans leur quotidien immédiat. Le registre de la proximité peut aussi renvoyer au contexte professionnel : qu’il s’agisse d’enquêter son propre milieu socioprofessionnel (Collier, 2018), d’être chercheur-e-s embarqué-e-s (Alam, Gurruchaga, O’Miel, 2012), ou bien lorsque les enquêté-e-s disposent de ressources scolaires et professionnelles similaires à celui ou celle qui mène la recherche.

De manière plus générale, la proximité avec son milieu d’étude peut être sociale, lorsque l’enquêteur-trice s’identifie à sa population de référence, qu’il-elle la trouve éminemment « sympathique » (Avanza, 2008) au moment où le terrain s’effectue, ou qu’il-elle en soit un-e membre à part entière avant même l’enquête (Schwartz, 1993 ; Dunezat, 2011 ; Fourment, 2019).

Par ailleurs, il peut aussi y avoir une dimension temporelle dans la proximité. En effet, la présence continue du-de la chercheur-e, ou discontinue mais fréquente sur le long terme, impose aussi une certaine familiarité entre l’enquêteur-trice et les acteurs-trices étudié-e-s. Enfin, la proximité se manifeste aussi sur les terrains « sur-étudiés » (Chossière, Desvaux, Mahoudeau, 2021), dans lesquels les enquêté-e-s sont habitué-e-s à fréquenter des chercheur-e-s et dont la présence leur est familière.

Les propositions de communication pourront s’inscrire dans l’une ou l’autre de ces dimensions du “proche” et l’interroger à travers trois moments de l’enquête :

Axe 1 - D’abord, elles pourront revenir sur les « ficelles » (Becker, 2002) de l’insertion dans le milieu enquêté lorsque celui-ci est proche d’une manière ou d’une autre. Par exemple, comment s’insère-t-on comme enquêteur-trice dans un terrain lorsque l’on y est déjà préalablement engagé-e, en amont de l’enquête. Comment l’enquêteur-trice justifie auprès de ses semblables ce projet d’enquête et comment il-elle négocie leurs paroles ? Le fait de disposer d’un « droit d’entrée » (Darmon, 2005) symboliquement faible rend-il pour autant l’enquête si facile ? Quels sont les enjeux et contraintes qui s’expriment dans les situations de « double identité » (Lefebvre, 2010) ? Il est tout autant important d’indiquer que les propriétés sociales des chercheur-e-s (âge, statut BAC+8, genre, race, etc.) jouent sur la propension à investir « facilement » un terrain qui paraît proche.

Axe 2 - Ensuite, les communications pourront traiter les situations où le rapport de proximité se construit surtout pendant le temps de l’enquête. Comment (main)tenir une juste distance sociologique, qui s’apparente à un véritable travail de « funambule » (Landour, 2013), sans altérer les rapports sociaux qui se transforment au cours de l’enquête ? De manière complémentaire, il faut se demander de quelles façons l’évolution des relations d’enquête influe sur le processus de recherche lui-même ? La proximité aux enquêté-e-s peut favoriser des situations où ces dernier-e-s s’autorisent à guider ou à donner des jugements de valeur sur les manières de faire de l’enquêteur-trice. Comment prendre suffisamment de distance avec des enquêté-e-s dont on est proche pour procéder à un travail d’analyse sociologique (Bizeul, 2008) ? Ces questions semblent se poser avec d’autant plus d’acuité qu’elles concernent des enquêtes au long cours ou par « cohortes ».

Axe 3 - Enfin, la question de la restitution est indispensable et complémentaire des deux axes ci-dessus évoqués et les contributions pourront en proposer une analyse des spécificités de l'exercice dans le cadre d’une enquête en terrain proche. D’un côté, il est possible de s’interroger sur la manière de restituer à l’écrit les conditions et conséquences de la proximité. Dans quelle mesure faut-il associer les enquêté-e-s à la restitution des résultats en glissant du « je méthodologique » (De Sardan, 2008) à un « nous méthodologique » ? D’un autre, nous tenons à questionner les restitutions des résultats de la recherche auprès des enquêté-e-s : qu’il s’agisse d’une restitution commandée, administrée par les enquêté-e-s ou que le-la chercheur-e décide, sur le mode de l’éthique, d’honorer le contrat moral passé avec les acteurs-trices par le biais d’une restitution spontanée.

Plus généralement, ce colloque ambitionne d’interroger et de rendre compte des dimensions processuelles des conditions d’enquête, en analysant les ressorts complexes de l’alternance entre temps d’enquête, de socialisation, d’analyse, de restitution et de sortie de terrain, à partir d’enquêtes de terrain relevant des registres du « proche ». La « curiosité de tout » (Naepels, 2012) qui caractérise la démarche ethnographique des chercheurs et chercheuses doit embrasser l’ensemble de la chaîne de (co)production de la recherche et ne pas se limiter à l’enquête en train de se faire.

Le présent appel à communication a une portée volontairement large. Sont ainsi vivement encouragé-e-s à proposer des communications : les mastérant-e-s, doctorant-e-s, docteur-e-s, titulaires en poste ; les chercheur-e-s ayant effectué ou effectuant une CIFRE ou inséré-e-s dans des dispositifs de commande institutionnelle ou privée ; les ethnopraticien-ne-s de tous bords ; les partisan-ne-s des critical studies ; celles et ceux qui travaillent sur des objets sociologiques et anthropologiques considérés par le sens commun comme « ordinaires », et celles et ceux qui s’identifient aux acteurs-trices qu’ils-elles étudient.

Modalités de contribution
Les propositions de contributions devront tenir en une page environ (hors bibliographie), en reprenant un ou plusieurs des axes évoqués ci-dessus. Elles devront être envoyées aux organisateurs et organisatrices, avant le 30 octobre 2020, à l’adresse suivante : colloque.proche@gmail.com

Les propositions les plus pertinentes pourront faire l’objet d’une valorisation collective, sous forme d’un dossier thématique dans une revue scientifique.



URL :  https://calenda.org/.../805122


mot(s) clé(s) :  recherche en éducation, sociologie de l'éducation