Veille et Analyses
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3.3. De la culture commune au socle commun de compétences

Programmes et compétences

Les programmes de l'école primaire et du collège définissent de manière détaillée les compétences que les élèves doivent acquérir dans chacune des matières étudiées, à la fin du cycle, et de manière très précise à la fin de l'école primaire. Les programmes de l'enseignement obligatoire définissent un grand nombre de compétences à atteindre et notamment : écrire, lire, compter.

Par exemple, la maîtrise du langage et de la langue française apparaît tout au long de la scolarité est une priorité, car elle permet à l'élève d'accéder à une progressive autonomie dans son travail intellectuel scolaire et personnel. De la 6ème à la 3ème, l'élève commence à passer d'un usage scolaire du langage, caractérisé par un fort accompagnement de l'enseignant, à un usage plus personnel lui permettant de travailler avec plus d'autonomie, notamment en lecture. Ces compétences sont en cours de construction et donc fragiles et ne se stabiliseront pas avant la fin de la scolarité obligatoire. Elles sont travaillées en permanence et doivent être évaluées dans tous les apprentissages et être l'objet de bilans réguliers.

Les programmes officiels arrêtés par le Ministère de l'éducation nationale fixent les compétences à développer au cours de la scolarité obligatoire. Ces compétences sont réparties en deux groupes : les compétences générales et les compétences spécifiques, qui sont définies par rapport à la compétence prioritaire du langage.

Les compétences générales sont de deux types : l'une relative à la communication orale et l'autre à la communication écrite :

- Savoir se servir des échanges verbaux dans la classe : prendre la parole en public est un acte difficile. La maîtrise du langage ne peut être réservé aux meilleurs élèves. Il est donc essentiel que les situations mettant en jeu ces processus de communication soient régulièrement proposées à tous les élèves et conduites avec patience et détermination.

- Avoir acquis une meilleure maîtrise du langage écrit dans les activités de la classe : savoir lire pour apprendre et avoir acquis une première compétence d'écriture et de rédaction.

Une particularité du système éducatif français est d'organiser aussi le développement de compétences spécifiques autour de la maîtrise du langage. Toutes les matières sont enseignées avec pour objectif de développer la parole, la lecture et l'écriture. Les compétences par discipline concernent les dix domaines suivants : éducation civique, littérature, observation réfléchie de la langue française, langue étrangère (ou régionale), histoire, géographie, arithmétique, sciences expérimentales et technologie, éducation artistique, éducation physique et sportive. Il existe aussi une compétence nouvelle liée à la maîtrise de l'outil informatique.

L'acquisition des compétences définies, matière par matière, pour la fin de chaque cycle demeure l'objectif constant de l'enseignement dispensé aux élèves. Les programmes arrêtés par le Ministère de l'éducation nationale précisent les compétences à acquérir. Chaque enseignant choisit sa méthode pédagogique (quoique fortement induite par les inspecteurs d'Académie dans le primaire) ainsi que les manuels d'accompagnement.

Toutes les disciplines enseignées lors de la scolarité obligatoire contribuent de manière sous-jacente au processus d'acquisition des compétences : c'est ainsi que les cours de français ont pour objectif de permettre aux élèves de comprendre chaque texte qu'ils lisent ou écrivent, de les intéresser aux textes et oeuvres littéraires, de leur apprendre à s'informer et à s'approprier les savoirs, et enfin, de leur faire connaître l'usage des différentes façons de convaincre et de persuader.

Chaque année, c'est le maître ou les professeurs qui évaluent les compétences. La certification de l'enseignement obligatoire s'oriente vers une mise en valeur du diplôme national du brevet délivré à l'issue de la scolarité au collège.

Une opération nationale d'évaluation, systématique et obligatoire pour tous les élèves, est organisée chaque année par la Direction de la programmation et du développement du Ministère de l'éducation nationale, à deux étapes de la scolarité obligatoire : au milieu de l'enseignement élémentaire (8 ans, CE2) et à l'entrée de la 6ème (11 ans). L'évaluation à l'entrée en 6ème porte sur les mêmes matières qu'au niveau élémentaire, à savoir le français et les mathématiques. Ces évaluations diagnostiques ont lieu au début de l'année et servent d'outil pour aider les enseignants à ajuster leurs pratiques pédagogiques et donne une mesure du niveau des élèves sur le plan national.

Pour le moment il n'existe pas encore de standards nationaux en France pour évaluer les acquis des élèves ni de réglementation concernant leur notation. Les normes sont fixées par les enseignants et l'évaluation est généralement très globale.

Le Conseil national des programmes et l'allègement des programmes

Depuis la mise en place du Conseil national des programmes en 1990, les programmes scolaires sont considérés comme trop lourds et doivent être allégés.

La commission Fauroux (1) propose alors une définition des savoirs primordiaux des enfants de 16 ans dont l'acquisition doit être garantie à tous :

- lire, écrire, parler correctement et aisément le français ;

- calculer, connaître les figures et les volumes, être familier de la proportionnalité et savoir apprécier les ordres de grandeur ;

- se situer dans l'espace et le temps, et d'abord dans son environnement immédiat ;

- observer les choses et les êtres vivants, construire et manipuler des machines simples ;

- éduquer son corps, sa sensibilité artistique ;

- acquérir des comportements pratiques et faire siennes les valeurs qui sont au fondement de notre démocratie ;

- respect de l'autre et de soi-même, solidarité avec tout homme et d'abord avec son concitoyen.

Le Haut conseil à l'éducation installé le 9 novembre 2005 est un organisme consultatif indépendant qui se substitue au Conseil national des programmes et au Haut Conseil de l'évaluation de l'école. Il a pour mission de formuler des propositions à la demande du ministre de l'éducation nationale, sur la pédagogie, les programmes, l'organisation du système éducatif et la formation des enseignants. Il est notamment chargé de définir le contenu du socle commun de connaissances et de compétences que tous les élèves devront maîtriser à 16 ans. Cette institution devra remettre chaque année au Président de la République un bilan des résultats du système éducatif ainsi que des expérimentations menées sur le terrain.

Le Haut Conseil a été institué par la loi du 23 avril 2005 d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école. C'est cette loi qui a créé la notion de "socle commun de connaissances et de compétences" à acquérir par les élèves.

Le rapport Thélot : Maîtriser un socle commun des indispensables et organiser la diversité des parcours

D'après le rapport Thélot (2), il existerait aujourd'hui un accord sur une question de principe : la scolarité obligatoire qui se poursuit jusqu'à l'âge de 16 ans devrait garantir à tous l'acquisition d'un ensemble de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être. Ce socle commun ne constitue pas la totalité de ce qui est enseigné à l'école et au collège, mais doit contenir ce qui est indispensable pour réussir sa vie au XXI° siècle.

La question du socle commun

- « Sa maîtrise est un but : but individuel pour chaque jeune, puisque sa réussite commence par là, mais aussi but collectif, car, devenant effective pour tous (ce qu'elle n'est pas aujourd'hui), elle aura pour effets d'élever le niveau d'ensemble du pays et d'améliorer la cohésion sociale ;

- Sa maîtrise est un moyen : la poursuite d'études et la reprise de formation en particulier ne seront réussies qu'à cette condition : études initiales en apprentissage, au lycée et dans l'enseignement supérieur, mais aussi formation tout au long de la vie. Loin de devoir être vue d'abord comme une seconde chance, cette dernière doit, pour être efficace, se greffer sur une formation initiale réussie, c'est-à-dire notamment un socle maîtrisé ;

- Son défaut de maîtrise ouvre un droit : qu'une très petite part d'une génération ne parvienne pas à maîtriser le socle commun à l'issue de la scolarité obligatoire est à craindre en dépit des améliorations qui seront apportées à l'École ; les jeunes dans cette situation doivent se voir offrir la possibilité de maîtriser le socle ultérieurement, dans le cadre du droit général à la formation tout au long de la vie » (p.38).

Il faut cependant bien constater deux faiblesses de l'École sur ce sujet. Un tel socle n'a jamais été formellement défini, et encore moins sa maîtrise garantie. Il est urgent, si l'on veut que tous les élèves réussissent vraiment à l'École, d'une part de définir précisément le socle commun et d'autre part d'établir les conditions permettant d'assurer sa maîtrise par tous les élèves.

Un socle commun de connaissances, de compétences et de règles de comportement

« Le socle commun se décline en termes de connaissances, de compétences et de règles de comportement. La définition de son contenu ne relève pas de l'évidence, pour deux raisons au moins : il correspond aux besoins de la société et ceux-ci évoluent dans le temps ; à tout instant un certain nombre d'options se présentent, parmi lesquelles il est nécessaire de choisir au nom des valeurs que l'on veut promouvoir.

Le socle commun des indispensables ne s'identifie pas aux programmes tels qu'ils sont actuellement en vigueur à l'école ou au collège. D'abord, parce que, contrairement à eux, il ne délimite pas un périmètre idéal de ce que le bon élève devrait théoriquement savoir ; ensuite parce que dans les faits, les programmes constituent un assemblage parfois lourd, manquant de cohérence, peu motivant et dont les évaluations montrent que trop d'élèves échouent à les maîtriser » (p.38-39).

Cinq principes pour aider à définir le socle commun des indispensables

« Subsidiarité ». L'École n'est pas le seul lieu d'apprentissage et l'on ne devrait lui demander que ce qu'elle peut faire mieux - ou au moins aussi bien - que les autres instances d'éducation, sans préjuger par ailleurs de ce qu'elle pourrait faire en complémentarité et/ou en partenariat avec ces autres instances.

« Continuité ». La formation initiale étant désormais suivie d'une formation tout au long de la vie, mais aussi comme favorisant la réussite d'un apprentissage différé dans le temps.

« Mise à jour ». La définition claire du socle suppose de s'assurer que les éléments qu'il contient sont bien adaptés à notre temps et aux prochaines décennies. Il doit être résolument tourné vers l'avenir. Cette exigence vaut aussi pour les programmes dont les liens avec le socle devront être précisés.

« Priorité des priorités ». Les connaissances, les compétences ou les comportements qui doivent figurer dans le socle sont ceux qui apparaissent indispensables pour l'homme et la femme au XXI° siècle : personne autonome, citoyen de la République, professionnel compétent.

« Faisabilité ». Les priorités dégagées et les choix effectués doivent aboutir à quelque chose de réaliste et d'opératoire, c'est-à-dire arriver à un socle qui soit accessible à l'ensemble d'une classe d'âge, donc sur la maîtrise duquel la Nation, à travers l'École, puisse s'engager » (p.39).

Pouvoir contester la définition et la légitimité du socle commun des indispensables

« La définition et la légitimité du socle commun des indispensables doivent être incontestables. La procédure d'élaboration et de validation du socle est essentielle. Les différentes instances qui ont été successivement ou simultanément associées à la définition des objectifs et des contenus des programmes (inspection générale, groupes techniques disciplinaires, conseil national des programmes, associations de spécialistes, etc.) ne sont pas parvenues à faire émerger un socle accessible à tous les élèves. Les trois volumes (éditions XO - Scérén-CNDP) qui décrivent ce que l'on doit apprendre à l'école maternelle, à l'école élémentaire et au collège ne décrivent pas un tel socle, mais la somme de ce qui est possible d'apprendre au cours de la scolarité obligatoire. Il est donc nécessaire de décider d'une procédure qui permette d'arriver réellement à une définition du socle d'une part, et qui lui confère une légitimité incontestable d'autre part » (p.39).

Lignes de force pour qu'il soit maîtrisé par tous

« - Personnaliser les apprentissages. Si l'on veut faire en sorte que tous les élèves, en dépit de la diversité de leurs talents et de leurs capacités, réussissent à acquérir le socle commun, il faut personnaliser l'organisation de l'enseignement pour s'adapter aux besoins spécifiques de chaque enfant. Les temps d'apprentissage à l'intérieur de l'année scolaire et les pratiques pédagogiques doivent s'adapter au rythme de progression de chacun. L'école et le collège, qui sont depuis la loi d'orientation de 1989 organisés en cycles, ont trop peu, de fait, utilisé ce mode d'organisation pour s'adapter à la diversité des élèves. Une évolution de ce principe d'organisation, qui doit être appliqué partout, s'impose. Le cycle doit être réellement, à l'avenir, cette période de trois ou quatre ans au cours de laquelle s'organisent le renforcement, la diversification et la régulation permettant de lutter efficacement contre l'échec scolaire.

- Transmettre et accompagner. À côté des heures d'enseignement, tous les élèves devraient pouvoir bénéficier de moments spécifiques destinés à les accompagner, en fonction de leurs besoins, vers la maîtrise des différentes composantes du socle.

- Évaluer pour garantir. La personnalisation des apprentissages, l'efficacité de l'accompagnement de l'élève, la garantie que le socle est maîtrisé supposent de mener régulièrement des évaluations du niveau et des progrès des élèves, en cours d'apprentissage et en fin de cycle, et d'en tirer des conséquences. Les enseignants pris individuellement, mais aussi les écoles et les collèges doivent ainsi être mieux à même de conduire des actions et des politiques fondées sur les progrès des élèves » (p. 40).

Organiser la diversité des parcours

« Le socle commun des indispensables et les autres enseignements communs fondamentaux [...] ne constituent pas la totalité de ce qui sera enseigné à l'école et au collège. Des enseignements complémentaires différenciés seront proposés, qui permettront à chaque élève d'aborder et d'approfondir des matières choisies en fonction de ses intérêts et de ses aptitudes. Une certaine forme de diversifications du collège est non seulement possible, mais légitime dès que le socle est effectivement maîtrisé. Que l'École s'adapte mieux à la diversité des élèves a été souvent évoqué lors du grand débat national, et la Commission considère que cette demande doit être satisfaite le plus possible, non seulement après la scolarité obligatoire, mais même au cours de celle-ci, à condition, une fois encore, que l'indispensable soit maîtrisé. Et cette diversité peut prendre des formes extrêmes, élaborées au cas par cas : au titre de la responsabilité, le collège peut proposer, dans le cadre de projets individuels, des parcours fondés sur diverses formes d'alternance, en entreprise, dans un établissement de formation professionnelle ou dans des structures adaptées (dispositifs-relais).

Cependant, c'est après la scolarité obligatoire, dans le cadre du lycée, que cette diversification doit surtout se concrétiser. La motivation des élèves, premier souci exprimé lors du grand débat, trouve sûrement à cet âge du lycée un meilleur appui dans un enseignement très diversifié. C'est par ailleurs le moyen de réduire l'échec à ce niveau : multiplier les formes d'excellence scolaire évite qu'une seule soit synonyme de réussite scolaire » (p. 40-41).

La scolarité obligatoire : s'assurer que chaque élève maîtrise le socle commun des indispensables et trouve sa voie de réussite. "La scolarité obligatoire est la période où chaque jeune doit acquérir un certain nombre de connaissances, de compétences et de règles de comportement indispensables pour toute la vie" (p.49).

Ce que demande la Commission

« l'identification, au sein des enseignements communs à tous, d'un socle comprenant ce qui est indispensable ; à titre d'illustration, on pourrait énumérer les fonctions primordiales suivantes ; lire, écrire, maîtriser la langue et les discours, compter, connaître les principales opérations mathématiques, s'exprimer (y compris en anglais de communication internationale), se servir de l'ordinateur, vivre ensemble dans notre République ;

la définition de ce socle dans ses grandes lignes par le Parlement, puis sa détermination précise par une haute Autorité indépendante ;

la conjonction de la maîtrise du socle avec une diversification des enseignements ;

la personnalisation des apprentissages qui garantisse à la fois que tous les élèves maîtrisent le socle et la possibilité de les faire accéder à l'excellence dans leur voie » (p. 49).

Définir le socle commun des indispensables ou sein des engagements communs à tous

« Au cours de la scolarité obligatoire, l'École a pour mission principale de dispenser à tous les élèves des enseignements communs qui correspondent à la culture que la Nation souhaite transmettre à chaque génération d'élèves.

La Commission juge nécessaire, pour consolider cette ambition, que la Nation s'engage sur ce que tous les élèves doivent absolument maîtriser à chaque étape de la scolarité obligatoire. D'où l'exigence d'identifier un socle commun de connaissances, de compétences et de règles de comportement considérées comme indispensables et dont la maîtrise devra être évaluée régulièrement tout au long de la scolarité obligatoire.

Le socle commun des indispensables se définit avant tout par ses finalités. Les connaissances, compétences et règles de comportement jugées indispensables sont celles qui permettent à chacun d'aller plus loin vers une formation réussie, de s'affirmer dans sa vie citoyenne, personnelle et professionnelle, d'adopter des comportements responsables en société et de développer son autonomie de jugement. Il ne s'agit pas de contenus de programmes, mais plutôt des éléments constitutifs d'un bagage dont il convient de munir les jeunes, afin qu'ils aient acquis les éléments de savoir et les aptitudes de base nécessaires pour réussir leur vie d'adulte.

En plus du socle commun des indispensables, les autres enseignements communs fondamentaux dispensés à tous les élèves au cours de la scolarité obligatoire devraient comprendre des notions et des éléments essentiels des humanités et des sciences, le travail manuel, l'éducation physique et sportive (EPS), les arts, les langues vivantes, la technologie, la découverte de l'entreprise et des métiers. Ces enseignements devront être validés à l'issue du collège.

L'ensemble des enseignements communs doivent être mis au service de l'acquisition du socle commun des indispensables : par exemple, l'enseignement des lettres ou de l'histoire implique une familiarité avec des textes littéraires ou historiques qui renforcent la maîtrise de la lecture ; ou encore l'éducation physique et sportive participe des règles de la vie en commun. Réciproquement, la maîtrise des indispensables bénéficiera nécessairement aux autres enseignements communs fondamentaux » (p. 49-50).

 

NOTES DE BAS DE PAGE

(1) Fauroux R., 1996, Pour l'école. Rapport de la commission dirigée par R. Fauroux, Paris, Calmann-Lévy/ La Documentation française.

(2) Thélot C., 2004, Pour la réussite de tous les élèves. Rapport de la Commission du débat national sur l'avenir de l'Ecole, La Documentation française, SCEREN, 162 p.

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