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Pays : France  Langue(s) : français 

ICODOC 2021 - Le savoir au prisme du langage. Acquisition, transmission, manifestations


Date :  du 06-10-2021 au 08-10-2021

Lieu :  Lyon

Organisation :  Interactions (ICAR) - corpus - apprentissages - représentations


Programme : 

Le laboratoire ICAR (Interactions, Corpus, Apprentissages, Représentations, UMR 5191) est spécialisé dans l’analyse multidimensionnelle des usages de la langue parlée en interaction et du texte. La particularité des approches analytiques pratiquées et développées au laboratoire consiste en une appréhension outillée de grands corpus de données orales et/ou écrites.

Ainsi, ICAR réunit plusieurs équipes de recherche se focalisant sur des domaines scientifiques variés comme la linguistique interactionnelle, la linguistique de corpus, l’étude de l’acquisition et de l’apprentissage, la didactique des langues et des sciences, ainsi que la linguistique française et la sémiotique.

En 2021, le laboratoire ICAR organise son quatrième colloque international pluridisciplinaire de jeunes chercheur·e·s (doctorant·e·s et docteur·e·s) travaillant dans les domaines des deux disciplines représentatives des axes de recherche du laboratoire : les sciences du langage et les sciences de l’éducation. Pour cette édition, nous souhaitons proposer un espace de réflexion autour des savoirs, thème représenté au laboratoire ICAR etqui suscite aujourd’hui un intérêt grandissant dans la recherche en sciences humaines et sociales.

THEME ET AXES

Le thème "Le savoir au prisme du langage. Acquisition, transmission, manifestations" est décliné en 4 axes :

Axe 1 : Savoirs et apprentissages

À l’heure où l’acquisition de connaissances normées et institutionnalisées est socialement et économiquement valorisée, il semble primordial d’interroger et d’appréhender le rôle des pratiques langagières dans la construction du savoir.

Ce dernier est d’abord transmis dans le contexte familial entre parents et enfants mais aussi entre pairs (tantôt dans des situations de transfert de savoir conscient, tantôt dans des situations du quotidien où cet échange se fait de manière inconsciente). Outre cette première transmission, un savoir-faire et un savoir-être s’apprennent également dans le cadre des institutions scolaires comme l’école maternelle, le collège et le lycée, mais aussi dans les lieux de formation professionnelle où la langue figure comme vecteur et comme objet d’apprentissage en même temps (Pelé-Peycelon, 2018, Lambert et Filliettaz, 2019). Alors que ces deux contextes se mêlent et s’entrecroisent tout au long de la vie, le savoir institutionnel peut se différencier de l’apprentissage dans un cadre familial, ce qui peut notamment conduire à des discriminations et des inégalités sociales dégagées par Heath (1984). Le langage contribue éminemment à la fabrication de ces inégalités. Nous pouvons notamment penser aux personnes issues de la migration dont le capital linguistique et culturel n’est pas forcément reconnu et considéré comme légitime à cause des idéologies qui règnent dans la société (Rojo, 2010).

Nous vous proposons d’articuler savoir et apprentissage autours des questions suivantes:

  • Quelles conditions facilitent ou empêchent l’accès au(x) savoir(s) ?
  • Comment peut-on articuler le savoir construit en famille et dans les institutions ?
  • Quel langage adopter pour rendre la transmission du savoir la plus efficace ?

Axe 2 : Les savoirs en interaction

C’est aussi à travers l’interaction sociale que l’on peut aborder le savoir, en s’intéressant notamment à des moments de tension ou d’asymétrie épistémique où les interactants et interactantes doivent (re)négocier les savoirs partagés (ou non), sans que le trouble ne s’installe dans leur échange.

Des travaux en analyse conversationnelle se sont penchés sur les mécanismes interactionnels impliqués dans cette co-construction à travers l’analyse des aspects séquentiels, syntaxiques et prosodiques comme indicateurs de l’état des connaissances du locuteur ou de la locutrice (Labov & Fanshel, 1977; Raymond, 2003), et à travers la mise en évidence d’une « machinerie épistémique » (epistemic engine) régissant la co-construction et la négociation des savoirs dans l’interaction (Heritage, 2012a, 2012b).

Au-delà de ce niveau « micro », il convient de noter qu’il existe des situations sociales dans lesquelles le déséquilibre des savoirs se fait sentir plus fortement, et devient même la force motrice de l’interaction sociale : comme par exemple les situations d’interrogatoire policier (Stokoe, 2009; Antaki & Stokoe, 2019), des consultations médicales (Ten Have, 2001 ; Ticca & Traverso, 2017), des situations avec assistantes sociales (Piccoli, Ticca & Traverso, 2019), ou encore les situations d’interaction en classe (Seedhouse, 2004).

Afin d’explorer les aspects interactionnels du savoir, nous proposons de construire une réflexion autour des questions suivantes :

  • Comment le fait de savoir ou de ne pas savoir se manifeste-t-il en interaction ?
  • Quels sont les mécanismes de co-construction et de négociation de savoirs en interaction ?
  • Quels sont les moyens (linguistiques, multimodaux) déployés pour pallier un déséquilibre / asymétrie épistémique ?
  • Comment, en interaction, les savoirs se manifestent et se diffusent ?
  • Quelles sont les ressources mobilisées par les interactant·es pour négocier la construction et réception des savoirs ?

Axe 3 : Savoirs et sociétés

La mondialisation des flux de communication et la généralisation de l’accès aux médias tendent à redéfinir toute information en tant que savoir (l’intox, les fake news sont considérées comme des non-savoirs par exemple) en même temps qu’elles transforment la réception et la communication de ces données. De fait, toute donnée informative reprise au cours d’échanges verbaux est potentiellement productrice de nouvelles connaissances, sujettes à débat, rendues publiques, circulantes, notamment par de nouvelles formes de mobilités ainsi que par le recours aux technologies de l’information et de la communication, dans un contexte de “diversification de la diversité” (Jacquemet, 2016). Mais la société est aussi le lieu où se manifestent des asymétries variables entre sachants et non-sachants, experts et novices, ainsi que des stratégies langagières pour parvenir au savoir ou au savoir-faire. À ce titre, l’espace social demeure le lieu de tensions et de rapports de pouvoir entre les détenteurs de la norme du savoir et les non spécialistes, qui se voient dénier des droits ou un pouvoir décisionnel sous couvert d’un niveau de compétence qu’ils ne possèderaient pas, dont en premier lieu, un savoir sur la langue elle-même (Candea & Véron, 2019). Le savoir n’est pas défini, ni ne se manifeste partout de la même manière, selon différents critères et variables, qu’ils soient de l’ordre des idéologies langagières des locuteurs (Ticca & Traverso, 2017), démographique, des langues en présence, ou encore des interlocuteurs eux-mêmes (Rojo, 2010).

Nous vous proposons d’axer la réflexion autour des questions suivantes :

  • Quelle est la place et le rôle des TIC dans l’accès et la diffusion des savoirs ?
  • Peut-on redéfinir le savoir à l’ère de la super diversité des pratiques multilingues, migratoires et digitales ?
  • A partir de quelles ressources et compétences linguistiques est déterminé l’accès au savoir en société ?
  • Comment se manifeste le savoir sur la langue dans l’espace social ?

Axe 4 : Les savoirs et la réflexivité

Le savoir et la connaissance sont au cœur de la vie des chercheurs et chercheuses, à titre d’objectif à atteindre (produire de la connaissance), d’outil de travail (documentation), ou encore d’imprégnation personnelle (intérêts personnels, débordement du travail de recherche dans la vie privée). Leur objectif étant de traiter du savoir déjà présent – même si le temps des savants universels est terminé car le volume des connaissances est devenu trop important – et surtout de produire du nouveau savoir, la question de la légitimité se pose régulièrement, notamment pour les jeunes chercheurs et chercheuses. Les chercheuses et chercheurs étant souvent en posture d’observation, ils peuvent néanmoins parfois devenir une ressource en tant que telle, par exemple sur leurs terrains d’observation (Pelé-Peycelon & Alcade, 2018) où le savoir est construit avec les participants (Cameron et al., 1993), voire le modifie par leur présence. Une autre dimension du savoir scientifique est son usage, dans le cadre académique ainsi que dans un contexte appliqué, et des questions éthiques autour de l’abus et des limites morales de la recherche et par extension de la production et de la diffusion du savoir.

  • Quels sont les usages du savoir, notamment produit par de jeunes chercheurs et chercheuses ?
  • À partir de quand détient-on du savoir ? Quel degré de mise en forme et de normativité est requis par le travail de recherche institutionnalisé ?
  • Quelles sont les responsabilités des chercheurs et chercheuses par rapport aux savoirs produits ?
  • Comment protéger son savoir produit (plagiat) ? À quel point le rendre accessible ?
  • Quelle place devrait avoir la vulgarisation des connaissances pour un grand public ?

La date limite pour soumettre une proposition est le 22 janvier 2021.

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CONFERENCIERS INVITES

Marine Pele-Peycelon
Docteure en sciences de l’éducation et chercheure associée ICAR (UMR 9151)
Sa thèse porte sur l’apprentissage et transmission sur le lieu de travail dans le contexte de la formation des maîtres d’apprentissage.

Julia Fuchs
Docteure en linguistique et post-doctorante à l’Université Johannes Gutenberg Mayence, projet « Einfach komplex » (Simple complexe)
Après avoir travaillé sur l’acquisition de compétences en matière de structure de l'information chez les enfants germanophones, elle s’intéresse actuellement à la langue allemande dite simple (« Leichte Sprache ») où elle se concentre sur les relations causales et sur leurs variantes de réalisation.

Elwys De Stefani
Professeur associé de linguistique interactionnelle au département des Arts à KU Leuven
Ses intérêts de recherche portent sur les interactions sociales dans le contexte ordinaire qui sont entièrement comprises comme un évènement multimodal.

Luisa Martin Rojo
Professeure de linguistique de l’Université Autonome Madrid
Spécialisée en sociolinguistique ethnographique et interactionnelle, elle s’intéresse au multilinguisme dans l’éducation et au rôle des pratiques langagières dans la construction des inégalités en classe.



URL :  https://icodoc.sciencesconf.org/.../


mot(s) clé(s) :  curriculum, langues vivantes